QU’EST QU’UN LANGAGE COMMUN?

QU’EST QU’UN LANGAGE COMMUN?

QU'EST CE QU'UN LANGAGE COMMUN?

« Là où trois personnes partagent l’envie de faire quelque chose ensemble, il y a une movida », Pérez Mínguez, photographe.

Temps de lecture: 10 minutes

Ecrit le:  Mai-Juin 2019
Mise à jour: 14 Octobre 2019

Sous forme d’un dialogue né en mai 2019 entre les deux co-fondateurs de Common.Langage, voici le parcours restranscrit entre la France et l’Espagne menant à notre définition du Langage Commun, terrain de recherche et d’action de l’association.  Bien que nous ne prenions pas ici le chemin de la philosophie ayant fait du langage commun une approche par le langage ordinaire, nous croiserons son questionnement fondateur: le(s) contexte(s). Ou lorsque le commun, loin d’être banal, secoue les normes. 

La Langue & la normalisation

Nicolas Monnot: Nous avons choisi d’appeler l’association:  Common.Langage. Afin d’expliquer ce choix de dénomination qui pointe vers le langage, pour toi, quelle distinction ferais-tu déjà entre le langage et la langue? 

Maria Berri: Pour moi, la langue est plus structurée, plus déterminée et plus lente dans son évolution que le langage. Les codes y sont arrêtés à l’Espagne, l’Italie ou la France, à chaque pays. L’Académie royale du langage espagnol 1, son travail est par exemple de conserver la langue espagnole, de la rendre propre à l’Espagne mais aussi de la rendre propre (rires).  

Tout comme nous en France  avec l’Académie française 2 dans la pureté du dictionnaire. C’est pourquoi le français, comme l’espagnol, sont dits des langues académiques3 contrairement à l’anglais. Et pour rejoindre les codes de la langue dont tu parles, cela croise totalement les réflexions des linguistes, sociologues, philosophes et certains romanciers qui ont soulignés le caractère normatif de la langue4. Son étanchéité au monde extérieur lui permet de créer un cadre, fixant un mode de pensée. Quoiqu’il en soit, la langue suppose un apprentissage sur lequel l’individu n’a aucune prise, si ce n’est d’accepter et d’apprendre afin de pouvoir communiquer avec les autres sur les mêmes bases… bases permettant par exemple l’unification d’une région ou d’une nation, permettant aussi une certaine notion de peuple. C’est ce que les linguistes appellent la normalisation linguistique

Le langage & la codification 

Oui, c’est comme cela pour tous les pays. C’est pour cela que quand je parle de langue, de l’idioma, même si cela est dû au croisement de l’histoire des pays, c’est quand même maintenu, contenu beaucoup plus que le langage. Le langage est beaucoup plus complexe, plus dynamique, surtout aujourd’hui car cela rejoint beaucoup d’autres choses: des gestes, des comportements, des silences comportementaux, omissioni en italien. La langue nous apprend à dire mais pas à omettre ou à se taire. Dans mon expérience, en arrivant en France depuis Madrid et même si j’ai compris immédiatement beaucoup de chose en français dans les paroles par contre dans les gestes, les silences, je n’ai rien compris et l’on ne m’a pas compris non plus. Il y a une non-parole dans les silences. Et en France, vous avez beaucoup de silences… et nos gestes ne signifient pas la même chose.  

Ce que tu dis à propos des silences me fait penser à l’ouvrage Le Langage Silencieux de l’anthropologue E.T. Hall. Il précise dans son ouvrage que si le langage, par l’intermédiaire de la langue, façonne les modes de pensée, il existe aussi tout un champ d’expression sans paroles qui en dit long avec beaucoup de sous-entendus. En somme, ce langage silencieux est aussi codifié par la culture d’un pays ou la culture d’un groupe .

Tout à fait, et si on parle de culture, je peux dire que mon langage comportemental est plus italien et espagnol que français… plus affectif.   

Donc si la langue est normalisatrice, et crée ce que les linguistes appelle une communauté linguistique5, le langage par le biais de cet exemple comportemental peut rejoindre une codification silencieuse en ce sens qu’il n’utilise pas la parole acquise? Ce serait une codification utilisant autant de médias qu’il y a de contextes différents dans lesquels la langue n’est pas suffisante ou utile: contexte professionnel, social,  familial .. D’ailleurs, un tel langage n’est accessible qu’en le vivant, en l’expérimentant. Et c’est d’autant plus complexe à acquérir. 

Effectivement, et cette codification peut créer des frontières silencieuses, frontières culturelles mais qui finissent toujours par être exprimées physiquement. Et lorsque le silence devient trop lourd, ou lorsque les codes ne se croisent pas ou plus, la parole revient avec des inventions langagières qui stigmatisent l’autre. Pour exemple, les termes Rital, Macaroni, Maca,  qui ont désignés le migrant italien jusqu’au moment où a été placardé dans les câfés et restaurants: chiens admis, Italiens dehors

Et chaque migration a eue son lot de frontières silencieuses créées… En somme, chassez la frontière, elle revient au galop, ce qui est d’une cruelle actualité. La question semblant simple que l’on doit se poser est, à ce stade: pourquoi un tel langage? Quel est son intérêt? Car, si l’on prend comme point de démarrage les termes que l’on a évoqué stigmatisant l’autre ou les comportements contextuels,  on sent bien qu’il s’agit là d’un processus

Codification silencieuse

Manifestation 15M à Madrid, 15 mai 2011

« Le langage gestuel rapidement intégré par les participants, permet aux assemblées de se tenir dans une atmosphère sereine malgré la forte affluence.« , Ethnographie des assemblées des Indignés à Madrid, Héloïse Nez, 2012  

Codification silencieuse

Jeux olympiques de Mexico, 17 Octobre 1968

Deux poings levés gantés de noir dans le silence imposé par l’hymne américain lors de la remise des médailles à Peter Norman, Tommie Smith et John Carlos. Ce code du Black Power, clame en 1968 la souffrance et l’injustice séculaires de tout un peuple, sous les yeux du monde entier. D’autres codes s’y ajoutent: le regard se détournant du drapeau, les longues chaussettes noires dénonçant la pauvreté et le foulard en référence aux lynchages des noirs américains. 

 

Codification silencieuse

Frontières silencieuses  & les migrant.e.s italien.n.es

Au XIXème, les italien.n.e.s sont les derniers des étrangers: les plus pauvres, les plus déracinés, menaçant la sécurité et même la santé publique. Leurs logis sont crasseux, leurs vociférations insupportables… et ne parlons pas des odeurs !: « Si vous passez un jour près d’une des nombreuses cantines italiennes, votre odorat est désagréablement chatouillé par des odeurs d’abominables ratatouilles. Des vieilles sordides, à la peau fripée et aux cheveux rares, font mijoter des fritures étranges dans des poêles ébréchées. », Les migrants italiens en france : mythes et réalités, Marie-Claude Blanc-Chaléard, Historienne, Université Paris I, Musée de l’immigration

 

Le langage & les identités

L’identité sociale

Pourquoi? Je vais prendre un exemple: dans une même ville,  il existe différentes classes sociales6. A Madrid, comme dans toutes les villes, on a les bourgeois, on a les ouvriers, on a les bobos, on a les punks. Hors, tout ça, ce sont des langages différents avec la même langue, l’espagnol, mais qui induisent une façon comportementale différente.

Cela sonne comme une évidence mais c’est assez complexe à dénouer. Car on parle ici de notions comme identité langagière et sociolecte7 développées par les linguistes et les sociologues. Mais pour rejoindre ce que tu dis et sauter dans le temps, il suffit de revenir à Molière et à ses peintures des classes sociales utilisant des langages différents. On y croise à la fois la codification silencieuse  mais aussi la codification qui trame les paroles par des intonations ou des élocutions particulières. Et on y croise enfin la langue dans ses différents registres de maitrise ou plutôt, celles que l’on aimerait maitriser: du patois de fantaisie au jargon régional en passant par celui fonctionnel des médecins, apothicaires, philosophes, mêlant français exagéré et latin approximatif. Les écrits de Molière décrivent parfaitement les rapports sociaux et les identités sociales mises en jeu par le langage.

Moi, l’autre et nous, ce sont trois entités que nous engageons chaque fois que nous parlons en gérant leurs rapports. Certains linguistes parlent même à ce propos d’une image langagière. Hors ce nous, c’est bien quelquechose en commun, une communauté. Ce qui nous amène à la notion que nous avons créée de communauté langagière comme parallèle à la notion installée de communauté linguistique

Disons-le dès maintenant, notre hypothèse est celle-ci au sein de l’association: si la langue crée une communauté linguistique tout en contrôlant ses possibilités de variations, alors le langage, lui, permettrait une communauté langagière capable d’intégrer et de développer un cadre de diversités.  Et si le va-et-vient est incessant entre ces deux communautés, le tout est de savoir s’il s’agit d’un cadre dans le cadre  ou si l’un agit à côté de l’autre. 

L’identité territoriale

Pour aller dans ton sens, je vais passer par un autre exemple vécu. J’ai parlé espagnol et italien depuis ma naissance. Lorsque j’arrive à Madrid depuis Rome, à l’adolescence, et que je commence à sortir toute seule ou avec les amis et à me déplacer, je me suis sentie comme une immigrante et là je parle de ma langue maternelle espagnole. Pour exemple, il m’a été dit, un jour,  “c’est jolie cette peluco”, ce qui signifie une montre dans le quartier de Vallecas,8et seulement là. Donc Vallecas a une façon de parler, Usera9a une autre façon de parler, dans le centre de Madrid, encore une autre façon de parler, et dans Chueca,10avec Almodovar et la movida11dans les années 1980 dans laquelle j’étais, c’était une façon de parler qui englobait toutes les autres

Si je précises cela, c’est parcequ’il ne s’agit pas ici de la parole en soi qui ramène à la langue mais de la façon dont on joue avec en prenant d’autres références ou en la transformant, ce qui nous ramène au langage. En plus, ces exemples nous font sortir de la notion de classes sociales dont on parlait puisque l’on aborde les quartiers madrilènes. On sort donc de l’identité sociale pour rejoindre une identité territoriale. Et cela prouve, une nouvelle fois, le cadre de diversité et d’invention du langage vis-à vis du cadre de la langue. 

Diversité qui fait écho à la diversité territoriale. Cela me fait penser à ce que l’on nomme, en France, le langage des cités, le langage des Banlieues ou bien le parler jeune urbain. Hors de banlieue à banlieue, le langage n’est pas forcément le même et est revendiqué comme tel, dans sa différence. Il est donc territorialement ancré. Pour exemple, dans l’Essonne, le 91, on revendique le parler en zer qui a été diffusé nationalement par le rappeur Booba. 

L’identité culturelle

Mais revenons à la movida dont tu parlais car il s’agit de tout autre chose. Il ne s’agit pas seulement d’une invention langagière mais presque d’une  intervention langagière qui voulait regrouper toutes les façons de parler?

Oui. Car c’était un contexte très particulier.  Après la mort de Franco, dans l’Espagne des années 80, lorsque l’on parle d’ouverture, lorsque l’on parle de liberté, on parle d’acceptation et l’on parle de croisements. Tous ces parlés sont bienvenus, sont bien aimés et cela fait du bien de les connaître: moi je m’intéresse, moi je t’imite, moi je te dis. On était donc à la fois au milieu de tous ces langages mais aussi médiateurs d’eux; avec une part de provocation bien sur. En ce sens, on peux parler d’intervention langagière. C’était très constructif, très évolutif, alors même que la movida était plutôt un joyeux bordel comme vous dites (rires). C’était une liberté prise, tous ensemble, qui a bousculée les codes sociaux parce que c’était très populaire et aimé par toutes les générations.  

Et ce contexte de volonté de regroupement des langages a, au final, crée un cadre qui a fini par bousculer la communauté linguistique elle-même. Bien sur, vous  parliez espagnol mais vous preniez le large par rapport à la langue « moderne » de Cervantès. Car l’impact de la Movida madrileña fut énorme dans toute l’Espagne. Et cette  contre-culture qui a formée la culture actuelle et l‘Espagne contemporaine, c’est plus « la langue d’Almodovar »,  non? 

Si l’on parle de langue, comme représentation vis à vis de l’extérieur, alors effectivement, Pedro Almodovar est emblématique de la Movida. Mais il faut savoir surtout que notre volonté de regrouper tous les langages a débouché sur un nouveau langage: le Cheli qui est toujours parlé par la jeunesse madrilène mais aussi espagnole. 

Alors, dans l’hypothèse d’un cadre langagier se frottant et bousculant au cadre linguistique, il faut pointer l’importance publique du maire de Madrid à cette époque, Enrique Tierno Galván. Il a totalement soutenu, voire favorisé la Movida madrileña. C’est dire que le cadre normatif, l’institution, s’est ouverte à une communauté langagière. Par ce biais, le Cheli est venu bousculer la communauté linguistique et au final, l’Académie royale espagnole n’a eue d’autre choix que de valider ce nouveau langage contre-culturel.12  

Précisons aussi que dans un contexte de contre-culture où les deux cadres sont en affrontement et en lutte, la communauté linguistique ne sort pas forcément vainqueur. Il suffit de se rappeler de Montaigne ayant décidé de se séparer du latin afin d’écrire pour les citoyens en français et accompagner ainsi un mouvement intellectuel puis institutionnel. Ce qui a  enterré une langue ayant 1900 ans d’âge. Ce même Montaigne qui ne prévoyait que 50 années d’existence à cette nouvelle langue française!13 On pourrait aussi revenir à Molière qui, en regroupant tous les langages pour en faire une satire, a préparé le Français en tant que langue « moderne » bouleversant les cadres établis. A ce point que le Français est devenue la langue de Molière

Nous sommes donc tellement habitués au cadre normatif, et pérenne, de nos propres communautés linguistiques que de tels bouleversements ne nous traversent même plus l’esprit aujourd’hui. Et pourtant… 

L’identité politique

Et pourtant, oui… car je vais prendre un dernier exemple, celui du mouvement des indignés, le 15M auquel j’ai participé à Madrid en 2011. A la base, l’occupation de la puerta del sol était très communautaire, très hétérogène. On se retrouvait avec des professeurs d’Université, des étudiant.e.s, des prolétaires, des salarié.e.s, des retraité.e.s. Mais on n’a pas conservé chacun notre propre façon d’utiliser la langue espagnole car il y avait un enjeu commun: celui de requestionner ensemble la démocratie en Espagne. On a donc essayé de se comprendre, de créer un langage commun, pour pouvoir débattre car on savait que cela n’allait pas durer éternellement. Et lorsque je dis « on », je pense évidemment au nous en tant que communauté langagière.

Et ce nous, c’est  tout de même 20.000 indignados sur la place de jour comme de nuit, toutes générations confondues, le soir même de la manifestation incroyable du 15 Mai: 120.000 personnes qui ont défilées à Madrid, c’est presque la taille d’une ville!  

Et c’est pourquoi on a développé très vite des codes langagiers et des réseaux de communication.  Avec whatsapp en langage SMS: “à la place, à telle heure, ¡Pásalo! “, c’est à dire partage, fais rouler!… ¡Pásalo! que nous avions déjà utilisés pendant le 11M et 13M, en 2004, juste après les attentats à Madrid et qui avait fait chuter le Partido Popular et José María Aznar. ¡Pásalo! qui est devenu emblématique de nos luttes en Espagne. Et puis les hashtags qui permettaient de diffuser sur les réseaux sociaux: #15M, #nonosvamos, #AcampadaSol, etc. .. les premiers streamings, aussi, en direct pour faire un état des lieux. Et au delà de ces réseaux, on a créé un langage silencieux pour les assemblées citoyennes qui étaient organisées sur la puerta del sol mais aussi sur les places alentours: un langage des signes et corporel afin de faciliter les prises de paroles et le respect de l’autre.  Etre assis, faire signe, laisser parler… un langage de démocratie participative et horizontale qui était l’expression de notre désir politique et de notre futur.  

Et l’on connait la suite: trois années plus tard, le parti politique Podemos, Nous Pouvons,  issu du 15M se place comme un parti politique majeur. 

Les sociologues s’accordent d’ailleurs à dire qu’il y a un après 2011 dans les mouvements spontanés pro-démocratiques à travers le monde. Et si tous ne débouchent pas sur une formation de parti politique à l’image aujourd’hui du mouvement des Gilets Jaunes14 en France, on retrouve chaque fois cette structure langagière créée par les Occupy15. Hors cette structure s’ancre à la fois dans une identité politique globale, la parole citoyenne libérée, mais aussi dans une identité territoriale ancrée sur des symboles. 

Oui, car le symbole pour le 15M ce n’était pas le fameux masque faisant référence aux Anonymous mais la place comme lieu de partage , libre et publique.. un lieu qui n’est pas un symbole de revendication, contrairement à la place de la République à Paris, mais qui fait vraiment parti du quotidien à Madrid. Et surtout, la puerta del sol à Madrid est le kilómetro cero, le kilomètre zéro de l’Espagne. 

Et c’est une symbolique territoriale reprise par les Gilets Jaunes par une identité issue cette fois-ci des rond-points, non-lieux périphériques traduisant l’oubli social, celui des classes moyennes. Identité territoriale qui croise aussi une exception française, culturelle donc, dans l’aménagement du territoire.  

La glocalité16 croisant identités sociale, territoriale, culturelle et politique est la formation exemplaire d’une communauté langagière agissant à la fois depuis des communautés linguistiques et en dehors de ce cadre de pensée normatif par la mise en place de symboles partagés, faisant sens commun.

Identité sociale

Les classes sociales, le grand oubli. 

« Trente ans après la chute du Mur de Berlin, rares sont les pays européens où les classes sociales sont au centre des débats publics et politiques. Pourtant, la position de classe demeure incontournable pour comprendre les inégalités […] il paraît indispensable de nommer et de faire exister, à défaut d’une classe en acte, une représentation en acte des classes.« , Cédric Hugrée, Etienne Penissat et Alexis Spire, Les Classes sociales en Europe – Tableau des nouvelles inégalités sur le vieux continent, 2017.

Identité sociale

Les classes sociales croquées par Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière. 

« Sire, le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les divertissant, j’ai cru que, dans l’emploi où je me trouve, je n’avais rien de mieux à faire que d’attaquer par des peintures ridicules les vices de mon siècle; … je mit en vue, comme il faut, toutes les grimaces étudiées de ces gens de bien à outrance, toutes les friponneries couvertes de ces faux-monnayeurs en dévotion, qui veulent attraper les hommes avec un zèle contrefait et une charité sophistiquée.« , Molière, premier placet présenté au Roi, sur la comédie de Tartuffe, 1665.

Identité territoriale

Ancrage territorial et famille:  la mif 

Pour fêter leur disque d’or en 2016, retour dans la Cité des Tartarêts à Corbeil-Essonne (91) pour les deux frères Tarik et Nabil Andrieu du groupe de RAP PNL, Peace N’ Lovés,  et la création du clip DA.  

« Le but maintenant c’est de continuer à faire kiffer, et faire croquer la mif, la mif du 91 et de Brive-la-Gaillarde, car pour la plupart cette époque est lourde. Même avec le succès, y’a rien de magique tu sais, c’est toujours la merde en bas », PNL, Avril 2017

Identité culturelle

La Movida madrileña et la contre-culture. 

« La movida a assumé aux yeux du monde une fonction emblématique tout aussi importante que, par exemple, la constitution de la monarchie parlementaire, le  modèle espagnol d’institution autonome, le socialisme du possible ou encore le credo démocratique que toute la nation à exprimé en condamnant dans la rue le coup d’Etat de Tejero », B. Bessiere, B. Benassar, Le défi espagnol, 1991

Identité politique

Le 15M et le mouvements des places.  

« Le Manifestant est notre personnalité de l’année 2011 pour avoir capturé et souligné un sentiment mondial d’espoir de changement, renversé des gouvernements et les idées toutes faites, combiné les techniques les plus anciennes avec les technologies les plus modernes pour mettre en lumière la dignité humaine et guider la planète sur la voie d’un XXIe siècle plus démocratique, bien que parfois plus dangereux« , A year in the makingTime Magazine, 14 Décembre 2011. 

Le langage commun

Les systèmes linguistiques, regroupant langue et langage, sont donc travaillés en permanence par des forces centrifuges et centripètes. Loin de la vision monolithique des premiers linguistes, telle qu’exprimée par Ferdinand de Saussure, les systèmes sont multiples: entre identités  sociales, territoriales, culturelles et politiques, les communautés linguistique et langagière se regardent, s’acceptent ou s’affrontent dans une lutte qui n’est pas anodine. Que le langage façonne de l’intérieur la langue par des inventions, qu’il choisisse l’intervention ou qu’il s’écarte par création hors du cadre linguistique, ce qui est en jeu est un mode de pensée.

 

Un langage commun, faisant sens commun, est l’expression d’une communauté langagière. Il se forme dans la création de nouveaux codes identitaires et/ou le déplacement de signification de codes identitaires existants naissant dans un contexte social, territorial, culturel ou politique. Terreau du rapport au cadre normatif, il a pour résultat d’être, de faire ou d’agir ensemble. 

 

Notes 

1 L’Académie royale espagnole ( Real Academia Española, RAE), est une institution née en 1713 dont la tâche consiste à normaliser la langue espagnole. Sa mission est de veiller à ce que l’évolution de la langue espagnole, dans sa constante adaptation aux besoins de ceux qui la parlent, ne vienne pas rompre l’unité linguistique du monde hispanique. Elle est doublée depuis 1951 par l’Asociación de Academias de la Lengua Española regroupant les 22 académies de la langue espagnole existant dans le monde. 

2 L’Académie française est une institution française née en 1634 dont la fonction est de normaliser et de perfectionner la langue française. Sa mission est de travailler à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences. Elle est doublée depuis 1989 par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) et depuis 1996 par la Commission d’enrichissement de la langue française

3Liste des académies linguistiques dressée par Wikipédia: cliquer ici

4 Citons ici la longue étude, à partir des années 1960, de la relation entre les Mots et les Choses engageant entre autre Willard Van Orman Quine, Jean-Paul Sartre, Georges Perrec, Michel Foucault,  Roland Barthes & Pierre Bourdieu. 

5 On « entend par communauté linguistique toute société humaine qui, installée historiquement dans un espace territorial déterminé, reconnu ou non, s’identifie en tant que peuple et a développé une langue commune comme moyen de communication naturel et de cohésion culturelle entre ses membres. », Déclaration Universelle des droits linguistiques, Barcelone, 1996. 

6 Concept né au début du XIXème siècle avec les historiens François Guizot, Augustin Thierry, Adolphe Thiers puis développé par Karl Marx et Pierre Bourdieu: la notion de classe sociale désigne, dans son sens le plus large, un groupe social de grande dimension pris dans une hiérarchie sociale de fait et non de droit. 

7 Le terme de « sociolecte » est apparu dans les années 1960 comme synonyme de « dialecte social ». Il désigne une variété non plus régionale mais sociale d’une langue donnée, caractéristique d’un groupe social et ressentie comme distincte des autres variétés de la même langue. 

8 District au sud-est de Madrid

9 District au sud de Madrid

10 Quartier central de la ville de Madrid, près de la Gran Vía.

11 La Movida (ou Movida madrileña) est le nom donné au mouvement contre-culturel créatif qui a touché l’ensemble de l’Espagne pendant la fin de la période de la transition démocratique espagnole, au début des années 1980, après la mort du général Franco.

12 La validation du Cheli par la RAE 1 ne l’empêche pas de pointer son caractère hétérogène et communautaire mais qui forme, en soi, un nouveau cadre linguistique: Jerga con elementos castizos, marginales y contraculturales. C’est à dire, « Jargon avec des éléments traditionnels, marginaux et contre-culturels. »

13  » J’écris mon livre à peu d’hommes, et à peu d’années. Si ç’eût été une matière de durée, il l’eût fallu commettre à un langage plus ferme:  selon la variation continuelle, qui a suivi le nôtre jusques à cette heure, qui peut espérer que sa forme présente soit en usage, d’ici à cinquante ans ? « , Montaigne, Essais, Paris, Gallimard, 1962, p.960 

14 Le mouvement des Gilets jaunes, du nom des gilets de haute visibilité de couleur jaune portés par les manifestants, est un mouvement de protestation non structuré apparu en France en et d’une temporalité exceptionnelle. 

15 Le mouvement Occupy ou Occupy movement, (en français : mouvement d’occupation), est un mouvement international de protestation sociale né en 2011, principalement dirigé contre les inégalités économiques et sociales. Au total, on décompte 1518 occupations dans 82 pays. 

16 Le terme de glocalité est un néologisme issu de la contraction des termes globalité et localité. Né du concept japonais Dochakuka, techniques pour cultiver la terre en s’adaptant aux conditions locales, il questionne pour nous le terme figuratif de culture qui devrait être replacé dans sa formation initiale latine, sa substance donc: une mise en valeur issue de travaux et de techniques, destinée à une production.   

 

Bibliographie

Préambule

  • Bouveresse Jacques. Langage ordinaire et philosophie. In: Langages, 6ᵉ année, n°21, 1971. Philosophie du language. pp. 35- 70. Lien Web
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La langue & la normalisation

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  • Perrec Georges, Les choses , Paris, Julliard, coll. « Lettres nouvelles », 1965
  • Foucault Michel, Les mots et les choses : une archéologie des sciences humaines, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines », 
  • Barthes Roland, Leçon inaugurale de la chaire de sémiologie littéraire du Collège de France prononcée le 7 janvier 1977, Seuil, 1978
  • Baggioni Daniel, Normalisation/standardisation des langues nationales dans l’espace européen. In: Archives et documents de la Société d’histoire et d’épistémologie des sciences du langage, Seconde série, n°11, 1995. La genèse de la norme. Colloque de la SHESL, janvier 1994. Textes réunis par Francine Mazière. pp. 73-86. Lien web

Le langage & la codification

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  • Hall, Edward Twitchell, The Hidden Dimension / La dimension cachée, 1966 / 1971 (trad. fr.), Doubleday [éd. Points,1971]
  • Bourdieu, Pierre. Habitus, code et codification. In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 64, septembre 1986. De quel droit ? pp. 40-44; Lien Web
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  • Blanc Chaléard, Marie-Claude, Les italiens en France depuis 1945,  PU Rennes, 2003. 

Le langage & les identités

L’identité sociale

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  • Bakhtine (Mikhaïl) & Vološinov (Valentin N.), Le Marxisme et la Philosophie du langage. Essai d’application de la méthode sociologique en linguistique, Paris, Minuit, 1977.
  • Chauvel Louis, Le retour des classes sociales ?Revue de l’OFCE, 2001/4 (n°79), p. 315-359. Lien Web
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L’identité territoriale

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L’identité culturelle

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