Comment amener le concept d'innovation civique aux citoyens?

ceTemps de lecture : 38 minutes

Ecrit le:  Octobre 2018
Repris le: Novembre 2019
Publié le: Novembre 2018 – Civic Design Book (n°01), p.22-25. 

Lorsque la communauté internationale Civicwise nous a posée la question, dans le cadre de son école Civic Innovation School: Comment amener l’innovation civique au citoyen?, nous avons souhaité prendre le large de la reflexion car cette problématique croise de multiples implications. Entre régimes politiques et organisations collective et sociale; entre la citoyenneté consciente, par l’agir, ou inconsciente de fait, par acquis; entre identité, contrat social, ouverture et questionnement, chacun peut ignorer, permettre, interdire, favoriser ou engager toute innovation. La question sous-jacente est alors  pour nous : existe-t-il une glocalité opératoire pour un tel phénomène, internationalement existant? 

 

Introduction

Amener les concepts d’innovation civique aux citoyens? Mais qu’est-ce que l’innovation civique

Innover \i.nɔ.ve\: venu du  latin innovare, renouveler, est apparu en 1315 pour signifier le fait d’“introduire quelquechose de nouveau dans une chose établie”.  

https://www.cnrtl.fr/etymologie/innover

En somme, l’innovation civique serait le fait d’introduire quelque chose de nouveau dans une chose établie qu’est le fait d’être citoyen. Par delà, le terme même de Chose est la réification langagière d’une réalité faisant sens commun introduite dans un Mot à fin de partage. Alors, quelle est donc cette Chose établie, semblant être commune mais dont le sens commun doit être interrogé de nouveau?

Que nommons-nous par le terme “citoyen” qui nécessiterait une nouveauté et par intention, une réactualisation? 

L’urbanisme « alternatif » : essor d’une nouvelle figure de style

Récurrence des formes urbaines significatives de nouveaux usages

Amener les concepts d’innovation civique aux citoyens peut paraître, en soi, une contradiction. Après tout l’innovation civique ne peut venir, par définition même, que des citoyens. Encore faut il qu’une structure puisse prendre en charge cette innovation souhaitée et l’accompagner dans son démarrage. Cela sous entend une complexité qui va de l’organisation collective, sociale, au désir individuel . Cette question recoupe, entre autre :
La notion de citoyen, questionnant les régimes politiques mis en place ou bien l’organisation sociale.
La possibilité d’influence et de reconnaissance du citoyen, questionnant les structures et les organisations territoriales nationales et communales mises en place, ainsi que leurs relations
La volonté individuelle d’être citoyen, d’une implication plus grande au sein de la politique du territoire, voire de son territoire.
Afin de comprendre la complexité de l’innovation civique qui croise obligatoirement des relations tripartites fondamentales (Etat, Marché, Société Civile) et les structures mises en place afin d’équilibrer les forces en jeux et replacer le citoyen au centre de celles ci, nous prenons ici un exemple méconnu, l’Allemagne.

 

 

L’occupation éphémère devient elle-même une sorte de spécialité de la gestion d’actifs immobiliers. SNCF Immobilier a même trouvé une expression pour désigner cette nouvelle activité entre animation culturelle et festive, travail de mémoire patrimoniale, promotion de marque et expérimentation urbaine : l’urbanisme transitoire.5

Pourtant loin d’être une nouveauté, l’urbanisme transitoire puise ses racines dans des occupations temporaires de sites vacants souvent réalisées dans l’illégalité, les occupants ne disposant d’aucun titre de propriété. Si l’occupation de terrains vagues et anciennes usines désaffectées par des artistes militants et issus de la contre-culture a cristallisé les représentations négatives de ces pratiques considérées comme une menace à la tranquillité publique et de ces acteurs qualifiés de « squatteurs »6, un changement d’attitude semble aujourd’hui s’opérer de la part des autorités publiques et des propriétaires privés, qui voient la présence temporaire de collectifs animant le lieu comme un levier de reconquête urbaine7. 

Entre optimisation foncière, comme le karting sur l’île de Nantes baptisée creative factory  où ont été installés sous une halle vouée à la démolition des espaces de travail pour les entrepreneurs créatifs et les projets citoyens qui se revendiquent participatifs, l’urbanisme alternatif viendrait renouveler les modes de gestion et de production urbaine. Municipalités, propriétaires, artistes et entrepreneurs, associations, riverains, publics des scènes culturelles et artistiques, chacun de ses acteurs porte des intérêts qui lui sont propres. Pour les propriétaires, l’occupation temporaire de son patrimoine permet d’éviter les dégradations, de sécuriser le site et de réduire les frais de portage et relatifs à la sécurisation et au gardiennage. À titre d’exemple, ces frais peuvent atteindre 15 000 euros par mois à Paris.Les associations et les entrepreneurs accèdent ainsi à des locaux dont le marché les excluait auparavant, avec la possibilité d’innover, dès lors que les contraintes de rentabilité s’exercent moins fortement avec des loyers minorés qui diffèrent des baux 3-6-9.9 Pour les collectivités et les aménageurs, ces espaces constituent un véritable levier d’attractivité et de valorisation de l’image du site ou du quartier. Au moyen d’une offre culturelle et événementielle diversifiée s’opère une reconquête symbolique qui précède une reconquête immobilière.10 The last but not least, s’ajoutent à la liste les figures émergentes des collectifs, qui endossent le rôle de tiers de confiance et de professionnels de la gestion temporaire. 

À l’interstice spatiotemporel entre la désaffection et la réaffectation d’un site au cours du processus de transformation, nombres de collectifs d’architectes, ingénieurs, urbanistes se spécialisent empiriquement dans la gestion transitoire et tentent de mettre en place des outils de démocratie participative en faveur d’un aménagement urbain pensé avec les habitants. En les intégrant dans le processus et n’envisageant pas leur rôle et leur place seulement une fois les travaux réalisés, l’urbanisme temporaire tel que pensé par ces acteurs émergents est supposé créer les conditions permettant l’expression d’un pouvoir d’agir et de réappropriation du cadre de vie.

 

L'événementiel culturel

#Le 6B

Ouvert en 2010, le 6B est un ancien bâtiment industriel Alstom de 7 000 m2 reconverti en lieu culturel autogéré à visée grand parisienne. Le 6B se veut à la fois « lieu de travail partagé, espace d’expérimentation ouvert sur le territoire et hotspot culturel du Grand Paris ».

Photographie: La plage du 6B. Crédit photographique: © 6B

L'événementiel culturel

#Station – Gare des Mines

Autre visée grand parisienne , la  Station — Gare des Mines située au carrefour de Paris, Saint-Denis et Aubervilliers et qui est un « laboratoire convivial et festif consacré aux scènes artistiques émergentes, fondé sur les vestiges d’une gare à charbon désaffectée ». Géré par le collectif MU, cette station entre dans le cadre institutionnel des Sites Artistiques Temporaires, démarche d’urbanisme transitoire initiée par SNCF Immobilier.

Crédit photographique: © Station – Gare des Mines

L'événementiel culturel

#Les grands voisins

Si lassociation Aurore gère le volet social du projet des Grands Voisins et la coopérative Plateau Urbain met à disposition les locaux, il revient à l’association Yes We Camp d’assurer la programmation événementielle. Le but: « révéler le patrimoine, rendre utile un espace temporairement vacant et proposer des activités collectives qui accompagnent la transformation du quartier ».

Crédit photographique: © Yes We Camp. 

L'événementiel culturel

#La HALLE PAPiN

La HALLE PAPiN est une ancienne usine de fabrication de pneus et d’outillage mécanique en friche située à Pantin et abandonnée depuis 2006. Afin de préparer sa transition vers une Cité de l’Eco-habiter, le collectif SOUKMACHINES a été chargé en 2016, par l’Etablissement Public Territorial Est Ensemble Grand Paris, d’animer temporairement le lieu et contribuer au dynamisme de la vie culturelle locale. 

Crédit photographique: © Guillaume Le Baube/Divergence

L'événementiel culturel

#Le MobiLab

Le MobiLab est un laboratoire mobile de partage d’idées sur le réemploi des matériaux dans le cadre des projets de déconstruction – reconstruction du territoire avec comme périmètre la plaine de l’Ourcq. Initié en 2016 par le collectif Bellastock sur les bords du canal de l’Ourcq à Bobigny par l’appel à projet Temp’O sur l’urbanisme Transitoire d’Est Ensemble, cette installation occupe depuis 2018 l’espace proche de la Maison du Parc Départemental de la Bergère. Il est animé par les collectifs Bellastock, la Requincaillerie, Soukmachines, le Paysan Urbain, Activille et les Marmites Volantes. 

Crédit photographique: © Common.Langage – Friche Miko, Bobigny, 2016

L'événementiel culturel

#L’espace imaginaire

L’Espace Imaginaire est un espace culturel et écologique à ciel-ouvert de 5000m² au cœur du quartier de la Plaine, à Saint Denis dans le secteur Montjoie. Inauguré en 2016, il consiste en la co-conception, co-construction puis co-gestion d’un centre culturel écologique et partagé avec les habitants, associations, salariés et usagers des structures sociales, éducatives et sanitaires du quartier. Coordonné par Mains d’œuvres et ses résidents Art et Société – dont le collectif InterazioniUrbane. 

Crédit photographique: © Mains d’Oeuvres 

L'événementiel culturel

Promoteurs d’une société collaborative, l’ONG Ouishare née en 2012 intègre structurellement l’évènementiel afin de « sensibiliser les gens sur des sujets urgents et mettre en contact des personnes par le biais d’expériences partagées ». Si pas moins de 300 évènements ont déjà été réalisés, le Ouishare Fest. est une marque de fabrique partagée sous le nom de Ouishare Fest Toolkit.

Photographie: Ouishare Fest., Cabaret sauvage, 2015. Crédit photographique: © Ouishare  

Portrait de ces nouveaux acteurs de la fabrique urbaine : le collectif comme identité

Loin d’être monolithique, le visage de ces nouveaux acteurs de ce que l’on appelle l’urbanisme alternatif laisse entrevoir des traits communs permettant de dresser un portrait idéal-typique. Face à l’émergence nouvelle de pratiques mues par la notion de « faire ensemble », dépassant largement ces seuls acteurs engagés, il est possible de discerner un ethos11 professionnel propre à ces collectifs.

Ces nouveaux acteurs sont jeunes, diplômés des écoles d’architecture, d’urbanisme, d’ingénieur, de graphisme… La formation d’un collectif suit en très grande majorité le même processus : au sortir des études, diplôme en poche, un groupe d’amis choisit de travailler ensemble, hors des structures traditionnelles. Ils sont parfois en quête de sens face à la crise de professionnalité des concepteurs, avec la volonté d’expérimenter concrètement l’ensemble des savoirs accumulés pendant leurs études et donc de « faire travailler la tête et les jambes ». Leur pratique traverse les disciplines. Ils sont un jour concepteur, l’autre cuisinier, puis médiateur, un autre jour constructeur ou encore sociologue… Souvent, ils utilisent une approche artistique inspirée des arts de rue comme moyen de médiation : l’adaptation à un contexte, la mise en récit, la création de situations, la mise en scène par la scénographie, le recours à la fiction pour projeter une action… Ayant grandi à l’ère des technologies de l’information et de la communication, ces collectifs ont appris à communiquer sur leurs actions au travers de différents canaux physiques et/ou numériques (notamment Instagram, Facebook, Twitter). Des photos d’un chantier, de réalisations, de fêtes souvent teintées d’humour publiées en ligne doivent permettre d’atteindre un plus large public. Ce savoir-faire récréatif combiné à une légitimité validée par l’obtention du diplôme a permis à plusieurs collectifs de négocier avec des propriétaires fonciers publics et privés pour gérer leurs biens. En échange d’un faible investissement, ils peuvent investir les lieux pour une période n’excédant pas trois ans dans la majorité des cas. Le temps pour le propriétaire de réaliser les études de travaux, d’obtenir le permis de construire, et de vendre les biens aux acquéreurs. Pour les collectifs, c’est l’opportunité, sur un espace délaissé, de pouvoir expérimenter et ouvrir le champ des possibles loin des injonctions des commanditaires bridant leur imaginaire. Ils peuvent ainsi expérimenter concrètement et localement les savoir-faire accumulés pendant leurs études et explorer les ressources locales pour un projet singulier dans lequel ils auront injecter une importante dose d’ingéniosité et de DIY (do it yourself, faire par soi-même). Par l’organisation de chantiers ouverts au public, les collectifs souhaitent, pour un temps, mettre tout le monde autour d’un même objet sans distinction de hiérarchie et ainsi révéler les capacités de chacun. 

En quête d’utilité sociale, ces acteurs sont concernés « non par “l’architecture” ni par “l’aménagement du territoire”, mais par la création de l’environnement à tous les niveaux (…). L’idée qui [les] guide est la suivante : une société totalement ouverte, non hiérarchique, coopérative, à laquelle nous serions tous associés sur la base d’une participation totale et d’une confiance complète ». Conjuguant outils pédagogiques et participation démocratique, ces « militants urbains » proposent des méthodes de coproduction avec le public afin de de « dessiner les contours de modèles d’action qui, bien que marginaux, participent au changement des valeurs traditionnelles du champ de l’architecture».12 Les dynamiques sous-jacentes aux collectifs sont donc guidées par la logique de co-sharing (co-location, co-working, co-(l)laboration, co-lunching, co-voiturage, co-living). 

L’urbanisme temporaire a des liens de parenté avec l’urbanisme tactique, un mouvement né sous l’impulsion d’un collectif d’artistes de San Francisco, Rebar, ayant effectué une intervention urbaine spontanée avec pour finalité la réappropriation par les citoyens de l’espace public par des activités festives et ludiques, telles que l’occupation d’une place de stationnement transformée en table de pique-nique, ou la réalisation de micro-architectures sur des places publiques. 

Popularisé en 2010 par Mike Lydon, auteur de Tactical Urbanism – Short term action – long terme change 13, ce mouvement revendique l’usage de la ville comme un véritable laboratoire d’expérimentation. De même, le temporaire oblige à être dans le faire, à tester des idées, et ainsi réduire les risques d’erreur pour les opérations futures. Le processus compte donc tout autant que le résultat, et celui-ci passe par un travail d’animation de l’espace pour faciliter les échanges d’idées, dont les collectifs en sont les activateurs.

Ces dernières années ont été marquées par la reconnaissance progressive de ces collectifs pratiquant un urbanisme alternatif par les gestionnaires métropolitains. Mais le cadre de la commande publique pousse les collectifs à se normaliser. Pensant s’être extraits des contraintes procédurales, ils reviennent dans le carcan traditionnel de la maîtrise d’œuvre.14 

Cette reconnaissance progressive des collectifs par les acteurs institutionnels a pour corollaire une atténuation, voire une disparition de tout message politique, d’une part, car revendiquer haut et fort le même message atténue la richesse de la diversité des personnalités, et d’autre part, car ils ne souhaitent pas être discrédités ni « catalogués » par à leurs principaux employeurs, les collectivités. Surtout ne pas faire de politique et se cantonner au domaine de l’animation, de la communication et de la création… tel serait le visage léonin du marketing territorial. 

Ainsi, l’urbanisme qui est souvent qualifié d’alternatif peut-il s’appréhender comme une figure de style, au sens où ces opérations de transformations constitueraient un simple habillage rhétorique au service de tendances urbanistiques dominantes ?

Le Collectif comme identité

#Superville

Né en 2013 à l’initiative du collectif Etc, Superville a pour but structurant de « réunir les initiatives dispersées, les personnes rencontrées sur le chemin, pour une confrontation d’expériences et de points de vue ». En 2016, étaient présents pas moins de 45 collectifs alternatifs croisant la France et l’Espagne. 

Photographie: Superville#2, Bobigny, 2016. Crédit photographique: © Collectif Fil

Do It Yourself urbain

#Parklet

Un parklet est une extension de trottoir qui offre plus d’espace et de commodités aux usagers de la rue par installation sur des voies de stationnement. Ils ont été créés dans le sillage du Park(ing) Day, événement né en 2005 à l’initiative du collectif californien Rebar prônant un urbanisme tactique engageant les citoyen.n.es.  

Photographie: Schützenplatz, Stuttgart. 

Do It Together urbain

#Urbanlet

A l’instar du parklet, l’anglicisme urbanlet pourrait être défini comme un espace devenu public par délaissement temporel et dont l’appropriation commune nécessite, de par sa dimension et ses enjeux, un cadre expérimental partagé et renouvelé. Pour exemple, le travail du collectif Etc à deux reprises en 2011 & 2013 sur la place dénommée du Géant, quartier Chateaucreux, Saint Etienne. 

Photographie: place du Géant, Saint-Etienne, 2013. Crédit photographique: © Collectif ETC

L’urbanisme « alternatif » comme étendard des villes hypermodernes

Du laboratoire au modèle : l’exemple des Grands Voisins

L’urbanisme alternatif intrigue à l’orée de ce XXIe siècle, alors que précisément la ville se cherche de nouvelles fonctions, usages, solidarités, modèles économiques. Ces métamorphoses urbaines sont itératives et multiscalaires, car elles transcendent le périmètre du site valorisé pour renforcer l’attractivité du territoire auprès notamment de la « classe créative ».15 Ce concept élaboré par Richard Florida énonce l’existence d’un lien entre le développement économique d’un territoire, dont la pierre angulaire serait la concentration d’une catégorie socioprofessionnelle considérée comme créative, à même d’insuffler les conditions de réalisation de l’innovation.

Le projet des Grands Voisins est aujourd’hui invoqué comme modèle d’exemplarité en matière de transformation urbaine et fait briller la vitrine de Paris à l’échelle européenne. Au 74, avenue Denfert Rochereau, dans le 14e arrondissement de Paris, l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, appartenant à l’AP-HP est en grande partie désaffecté depuis la fin de l’année 2011. L’année suivante, certains espaces sont partiellement réutilisés par l’association Aurore en tant que centre d’hébergement d’urgence. La fermeture de ce site de 3 hectares prévue en 2014 préoccupe ces nouveaux occupants, qui loin de se laisser résigner, font le pari de le réaménager. Avec l’appui de la mairie du 14e arrondissement, un partenariat avec Plateau Urbain, en charge d’assurer la mixité des structures et avec Yes We Camp, en charge de l’animation culturelle et de la requalification des espaces extérieurs, rend officielle l’ouverture des lieux en octobre 2015. Au total, 140 structures s’y sont installées et près de 2 000 personnes font vivre cette colocation d’usages dont 600 âmes qui habitent dans ce qui devient ensuite un écoquartier, à la fin de la convention qui lie les porteurs du projet, entré dans sa phase 2,  à la Ville de Paris, mi-2020.16

Les Grands Voisins étayent cette stratégie de marketing territorial axée sur la « customisation » d’un ancien établissement hospitalier désaffecté. Forte de ce qui fût reconnu comme un succès et pour se positionner comme référence en matière de reconversion de friches, la Ville de Paris réfléchit actuellement à la rédaction d’une charte de bons usages 17pour systématiser ces nouvelles modalités de production urbaine. 

Or, la fermeture annoncée des Grands Voisins à la fin de l’année 2020 avec le maintien du projet d’écoquartier Saint Vincent de Paul démontre que l’urbanisme temporaire doit encore affronter un urbanisme traditionnel marqué par le sceau de la « durabilité » et pris en étau par cette addiction à la rentabilité. Alors, qu’en sera-t-il de l’acceptabilité du projet d’écoquartier par les usagers des Grands Voisins et ses riverains ? Quelle viabilité des activités menées par les associations et les entreprises installées qui vont devoir s’implanter ailleurs lorsque les débuts des travaux auront commencé ? Quid d’un urbanisme à durée déterminée ?

Standardiser viendrait à figer un processus par essence dynamique, qui évolue pour s’adapter à des contextes variés, et ainsi assumer l’incertitude en tenant compte de la mutabilité, de la réversibilité des espaces occupés. Les premiers retours d’expérience de ces initiatives urbaines alternatives révèlent plusieurs limites, dont notamment la difficulté à trouver un équilibre, notamment économique, pour ces collectifs. Alors que les propriétaires jouissent d’une revalorisation symbolique et économique de leur bien, les occupants peinent à pérenniser les financements, d’autant plus que la durée du projet est incertaine. La précarité s’aperçoit alors comme le corollaire de l’urbanisme temporaire. La vétusté du bâti et les besoins de mise aux normes entaillent profondément le budget, et bien que les collectifs diversifient les recettes (demande de subventions auprès des différents échelons territoriaux, cotisations des occupants, location des espaces, ouverture d’un bar), ces derniers ne parviennent pas pour l’heure à trouver un modèle économique leur assurant une relative stabilité. Malgré le temps passé à l’animation et à la programmation du site, ces acteurs ne bénéficient d’aucune aide au fonctionnement. 

En outre, un des risques adossés à ces opérations temporaires est de réifier une image du quartier qui colle à l’identité des futures populations installées une fois le projet d’aménagement livré. L’opération Ground Control18, un dépôt ferroviaire désaffecté détenu par la SNCF près de la Gare du Nord, dans le 18e arrondissement de Paris, devenu le lieu éphémère festif de l’été depuis le lancement de l’appel à projet en 2015,  prolongé par une opération similaire dans le 12ème arrondissement de Paris en 2017, inaugure selon Jean-Laurent Cassély, « une ère de standardisation de l’urbanisme en friche19 ».

Illustration typique du « front de gentrification 20» analysé par Anne Serval dans sa recherche « Les dynamiques spatiales de la gentrification à Paris21 », première incursion dans un quartier encore peu concerné par la gentrification, qui la précède et l’anticipe, Ground control est révélateur de cette dissonance chez les collectifs animateurs, qui par leur action bienveillante, finissent par créer de la valeur foncière au profit des propriétaires. 

Les collectifs seraient-ils des catalyseurs de gentrification22 ? 

Leur arrivée [sur un espace disqualifié] en change l’ambiance. Des ménages s’installent peu à peu, attirés par la présence des [collectifs] et l’image bohème qu’ils confèrent au quartier. Cette phase de la gentrification voit se développer les cafés et restaurants branchés, les boutiques de designers locaux, les librairies spécialisées, les galeries, autant de commerces qui transforment le quartier en lieu de balade pour les citadins. Plus ou moins simultanément à ces processus, des investissements publics ou privés permettent une revalorisation immobilière du quartier23.

Les occupations temporaires de lieux désaffectés ou abandonnés reconvertis en nouvelle centralité festive et culturelle ont des effets sur l’environnement social et urbain de leur quartier et peuvent devenir source de tensions entre population d’origine et néo-arrivants au pouvoir d’achat plus élevé, attirés par la proximité d’une offre événementielle faisant échos à un mode de vie « bohème » et « écolo ».

Du laboratoire au modèle

#Les grands voisins

Saison 2 (Avril 2018 – Juin 2020) pour les grands voisins et son occupation temporaire de 10 000 m² d’espaces bâtis, 3 500 m² d’espaces extérieurs regroupant 140 structures occupantes. Coordinateurs du projet : Aurore, Yes We Camp, Plateau Urbain.

Crédit photographique: © Yes We Camp

Du laboratoire au modèle

#Ground control

Après le 13e arrondissement en 2014, deux années consécutives passées dans le 18e (rebaptisé Grand Train pour l’occasion en 2016), Ground Control s’est installé en 2017 dans le 12ème arr.  sur une « friche » vaste de 2 500 m2. Coordinateurs du projet: la lune rousse, entreprise spécialisée dans l’événementiel. 

Crédit photographique: © Ground Control

L’horizon d’une standardisation sur fond de compétition territoriale

Si la posture des collectifs est effectivement un moyen de s’écarter d’une pensée dominante en matière d’urbanisme, une possibilité d’agir de manière transdisciplinaire et participative, elle reflète également une société entrée dans l’ère de l’hypermodernité, « dans laquelle les forces oppositionnelles à la modernité démocratique et individualiste ne sont plus structurantes, où les grandes visées alternatives ont disparu, où la modernisation ne rencontre plus de résistances organisationnelles et idéologiques de fond 24».

Si certains collectifs ont comme référence l’atelier populaire de l’ex-École des beaux-arts à Paris, créée lors des évènements de mai 1968, et les luttes urbaines et la formation de groupes d’action municipaux des années 1960, si le « droit à la ville » d’Henri Lefebvre25 et la notion de « condensateur social » sont souvent cités, la plupart des collectifs alternatifs ne revendiquent pas une approche politique. Exit l’atelier d’urbanisme insurrectionnel, la politisation se fait plus par accumulation d’expériences heureuses, malheureuses, voire frustrantes. Si l’urbanisme alternatif n’est plus synonyme de subversif mais de festif, c’est qu’il vient proposer des projets fondés sur une expérience partagée.  

Au temps de l’éphémère, en effet, semble correspondre souvent un espace de l’exception, de l’extra-ordinaire, espace où précisément peuvent s’exprimer de puissantes manifestations d’ordre symbolique même si elles se déroulent dans de courtes durées26.

L’avènement d’une logique managériale dans la gestion urbaine induite par un contexte néo-libéral et décentralisé ainsi que la mise en concurrence des territoires ont conduit les villes à se doter de stratégies de différenciation. Le poids du portage politique dans les stratégies programmatiques et la mise en visibilité des démarches portées par les collectifs rappellent en creux les expériences du socialisme municipal27, réinterprétées en « convivialisme municipal ». L’urbanisme alternatif deviendrait ainsi un instrument de légitimation de l’action publique, en catalysant une offre culturelle et événementielle au service d’une logique de marketing urbain. Plus encore, nous pouvons faire l’hypothèse que ces initiatives sont, in fine, instrumentalisées afin de rendre acceptables des projets urbains antérieurement prévus : occuper l’espace « de manière festive » comme moyen de limiter les controverses. Les projets urbains alternatifs, à l’origine revendiqués comme une critique du modèle, semblent aujourd’hui servir directement ou indirectement « un nouvel esprit du capitalisme 28», en tant qu’instrument de sa capacité à se transformer pour perdurer.

Du capitalisme purement économique, nous serions passés à un capitalisme socioculturel ou « de convivialité ». Le désir de posséder serait relayé par le désir de partager, d’expérimenter, de se recréer d’autre communauté d’appartenance, à l’heure où les liens de solidarité des communautés traditionnelles (religieuses, familiales, professionnelles) s’étiolent. Ce ne sont pas tant les formes et la matérialité qui se standardisent que les modalités propices à l’expérimentation de nouvelles formes d’appropriation de l’espace. En interpellant nos manières de faire et d’être en société, les pratiques des collectifs nous permettent d’entrevoir que « l’alternatif standardisé » n’est plus une contradiction si l’on revient à la sémantique du terme « alterner » : « faire produire successivement deux cultures différentes sur le même terrain pour en éviter l’épuisement29 ». 

En outre, d’autres expériences « hors-standard » existent, plus altératives30 qu’alternatives, car impulsant un réel changement, telle que celle prise à contre-courant de la compétition territoriale par le Campo de la Cebada à Madrid en Espagne. 

 

Depuis le 15 mai 2011 le « champ d’orge » en français a créé une participation dite bottom-up, du bas vers le haut, à l’initiative d’habitants ayant invité l’administration et les associations membres à participer au projet. Ce lieu est devenu un espace permettant aux voisins d’échanger pour prendre des décisions communautaires dans un milieu urbain de crise.

Porté par le mouvement 15-M des Indignados devant une friche restée nue durant deux ans dans le quartier dense de La Latina, cette initiative locale prend le parti de réactiver temporairement cet espace en 2011. Le Campo de la Cebada fonctionne alors comme un carré ouvert, un lieu d’action collective géré par des associations de quartier, des architectes tel que les collectifs espagnols Zuloark31, Todo por la praxis32, Ecosistema Urbano33 ainsi que des agents de la culture. Dans cet espace coconstruit grâce cette pléthore d’acteurs investis dans une démarche de co-apprentissage, le Campo de Cebada vit quotidiennement par l’initiative et l’engagement volontaire des voisins apportant contributions et travail. La maintenance et la gestion de l’espace reposent sur des assemblées, avec une forte communication extérieure, ouverte et cohérente : une plateforme numérique permet la consultation permanente de documents téléchargeables ainsi qu’une mise en relation par un mailing commun doublé sur les réseaux sociaux. 

L’exemple madrilène de laboratorios ciudadanos soutenus par des collectifs transdisciplinaires dans un contexte de crise économique sur fond de compétition territoriale révèle les enjeux de l’expérimentation de « nouveaux modes de fabrique de la ville, fondés sur le collaboratif, la participation citoyenne et la coproduction des espaces et des services publics34 ». En effet, la réussite de telles interventions ne tient pas seulement à leur capacité à répondre à des problématiques locales, par un « faire » ou un « savoir-faire », mais aussi et surtout du fait qu’elles croisent une nouvelle citoyenneté émergente, pro-active en réponse à une sensation de malaise démocratique. 

Le malaise démocratique n’est pas spécifique à la France, ni à l’Europe. Des facteurs sociologiques et économiques de longue durée, liés à la globalisation et à la transformation de nos sociétés, ont modifié les rapports des citoyens à la politique depuis une trentaine d’années. La toute-puissance du politique qui peut “changer la vie” n’est dès lors plus perçue comme telle par les citoyens35

Si le processus de standardisation de l’alternatif urbain ne relève pas tant de sa matérialité que des conditions particulières dans lesquelles les interventions sont construites et promues, c’est que sa condition de naissance est « glocale ». Ancré localement le temps d’une intervention, l’alternatif urbain se diffuse globalement, car répondant aux problématiques intrinsèques des métropoles denses : « un émiettement de l’espace public semblant se “normaliser”, raréfiant les circonstances de sociabilité et d’échange qui permettent à l’individu de prendre part et d’agir sur son environnement36 ». 

La permanence de l’action des alternatifs, au-delà de leur empreinte urbaine éphémère, résulte d’un double ressort : les cycles urbains et la fabrication de prototypes. Leur production s’inscrit dans le cycle des calendriers culturels, mais nourrit aussi celui du design urbain : de l’expérimentation éphémère au retour d’expérience des usagers, l’espace créé devient un modèle répétable. Le bottom-up réifié par la fabrication de prototypes des espaces alternatifs urbains permet la généralisation d’une méthode d’intervention adaptable, laissant les idées aux mains des usagers. Ni standards, ni labels, les prototypes situationnistes créés par l’urbanisme temporaire accompagnent la résistance de « l’homme ordinaire qui se soustrait en silence à la conformation. Il invente le quotidien grâce aux arts de faire, ruses subtiles, tactiques de résistance par lesquelles il détourne les objets et les codes, se réapproprie l’espace et l’usage à sa façon 37». 

 

Expériences hors standard

#Campo de la Cabada

Une piscine en béton vide. C’est tout ce qui restait après la démolition d’un centre sportif de Madrid. Pourtant, les habitants de l’un des quartiers les plus anciens de la ville, La Latina, ont créé en 2011 El Campo de Cebada, un projet urbain qui sert maintenant de noyau pour la croissance communautaire.

Crédit photographique: © El campo de la Cebada.

Expériences hors standard

#Laboratorios ciudadanos

AutoBarrios est un projet imaginé et mené depuis janvier 2012 par le collectif madrilène Basurama dans le quartier de San Cristobal De Los Angeles, à Madrid. Il a pour ambition de “stimuler notre imaginaire collectif, notre autonomie et notre capacité à intervenir sur notre vie quotidienne et notre environnement”. Collaborateurs: Boa Mistura, Collectif Etc, Lacasinegra, Vermut, Obsoletos. 

Crédit photographique: © Basurama

Expériences hors standard

#Tempelhof Feld

Fermé définitivement en 2008, l’aéroport de Berlin-Tempelhof est devenu le symbole de la lutte antigentrification berlinoise par la prise de possession citoyenne des lieux. Have you ever squatted an airport? fut le mot d’ordre de l’occupation massive des riverains en 2009. Tempelhof Feld  est aujourd’hui, avec ses 386 hectares, le plus grand parc d’Europe.  

Notes

1 Georges Perec, Espèces d’espaces, Editions Galilée, 1974.

2 Louise Vanoni, (2017), « 8 lieux de création et de vie qui électrisent le Grand Paris », Beauxarts.com, [en ligne

3Pour une analyse de ces appels à projets urbains innovants, voire le dossier de la revue Métropolitiques intitulé « La production urbaine en chantier : héritages, enjeux et perspectives des appels à projets innovants » coordonné par Daniel Behar, Emmanuel Bellanger et Aurélien Delpirou.

4 Missika Jean-Louis, adjoint à la Mairie de Paris chargé de l’urbanisme, (2016), dossier de presse « Appel à projets innovants », [en ligne

5 Jean-Laurent Cassely, (2017), « Ground Control : pour la SNC, la nouvelle vie du rail passe par les hipsters », Slate, [en ligne]

6 Cécile Péchu, (2010), Les squats, Publications de Presse de de Sciences Po (Contester).

7Elsa Vivant, (2007), « Sécurisation, pacification, animation. L’instrumentalisation des scènes culturelles off dans les politiques urbaines (enquête) », Terrains & travaux, 2007/2, n°13, p. 169-188.

8 Cécile Diguet et Pauline Zeiger, (2017), « Urbanisme transitoire : aménager autrement », IAU-IDF, n°741.

9 « Un bail commercial, ou bail 3/6/9 porte obligatoirement sur des locaux à usage commercial ou artisanal. Les locataires signataires d’un bail commercial sont donc les commerçants, chefs d’entreprise, artisans. Donc le statut du bail commercial ne peut s’appliquer à un locataire non commerçant même si le local a lui-même un caractère commercial. », site Bureau-Paris.fr, [en ligne

10 Elsa Vivant, (2007), op. cit.

11 « L’ethos professionnel constitue un dénominateur commun à un ensemble d’individus pratiquant une activité similaire qui se reconnaissent et sont reconnus comme membres d’un groupe professionnel », Bernard Fusulier, (2011), « Le concept d’ethos », Recherches sociologiques et anthropologiques, 42-1, 2011, pp. 97-109.

12 Élise Macaire, (2010), L’architecture à l’épreuve de nouvelles pratiques: recompositions professionnelles et démocratisation culturelle, thèse de doctorat, laboratoire Espaces travail.

13 Mike Lydon, Anthony Garcia, (2015), Tactical Urbanism – Short term action – long terme change, Island Press

14 Sur le long terme, la précarité économique couplée à un mode de vie communautaire parfois étouffant peuvent entraîner la dissolution du collectif. Les membres sont prêts à s’investir de manière très importante en retour de faibles revenus. Rares sont les collectifs qui arrivent à salarier leurs membres au-dessus du SMIC.

15 Richard Florida, (2002), The rise of creative class. And how it’s transforming world, leisure and everyday life, Basic Books.

17 Fabienne Bouloc, (2016), « Urbanisme temporaire : Paris montre l’exemple », Demain la ville, [en ligne

 

19  Jean-Laurent Cassely, (2017), op.cit.

 

20 Anne Clerval, « Les dynamiques spatiales de la gentrification à Paris », Cybergeo : European Journal of Geography [en ligne], Space, Society,Territory, document 505, Online since 20 July 2010. 

 

21 Idem.

 

22 Apparu dans les années 1960 sous la plume de Ruth Glass, le mot a précédé le phénomène, réellement apparu dans les années 1980 avec l’essor du capitalisme mondial ; il désigne l’embourgeoisement urbain d’un quartier populaire.

 

23 Éric Charmes et Elsa Vivant, (2008), « La gentrification et ses pionniers : le rôle des artistes off en question », Métropoles, 3, 2008, [en ligne

 

24Gilles Lipovetsky, (2004), Des temps hypermodernes, Grasset, Paris.

 

25 Henri Lefebvre, (1968), Le Droit à la ville, Paris, Anthropos

 

26 Philippe Chaudoir, (2007), « La ville événementielle : temps de l’éphémère et espace festif », Géocarrefour, vol. 82/3, [en ligne

 

27 A.Cohen A., B Lacroix et P. Riutort , (2009), « Le socialisme municipal », in Manuel de sociologie politique, Paris, La Découverte

 

28 Luc Boltanski et Eve Chiapello, (1999), Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard (NRF Essais).

 

29 Définition selon le Centre national des ressources textuelles et lexicales

 

30 Définition du mot « altérer » : « rendre autre, changer, modifier », Centre national des ressources textuelles et lexicales

 

34 Raphaël Besson, (2016), « Les laboratoires citoyens madrilènes : la fabrique des “communs urbains” », Urbanews, [en ligne

35 Bruno Cautrès, « La France a besoin d’une nouvelle étape démocratique », Le Monde des idées, 2016, [en ligne] 

36 Clara Guillaud, (2009), « Interstices urbains et pratiques culturelles », Implications philosophiques, [en ligne

37 Michel De Certeau, (1990), L’Invention du quotidien, 1. Arts de faire et 2. Habiter, cuisiner, éd. établie et présentée par Luce Giard, Paris, Gallimard.

Bibliographie

Besson R., (2016), « Les laboratoires citoyens madrilènes : la fabrique des “communs urbains” », Urbanews, [en ligne]

Boltanski L., Chiapello E., (1999), Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard (NRF Essais).

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Cautrès B., (2016), « La France a besoin d’une nouvelle étape démocratique », Le Monde des idées, [en ligne]

Charmes É., Vivant E., (2008), « La gentrification et ses pionniers : le rôle des artistes off en question », Métropoles, 3, 2008, [en ligne]

Chaudoir P., (2007), « La ville événementielle : temps de l’éphémère et espace festif », Géocarrefour, vol. 82/3

Collectif Etc, (2014), « Le chantier ouvert : vers un partage du pouvoir », colloque Les chantiers subversifs du paysage, ENSP Versailles-Marseille, [en ligne]

De Certeau M., (1990), L’Invention du quotidien, 1. Arts de faire et 2. Habiter, cuisiner, éd. établie et présentée par Luce Giard, Paris, Gallimard.

Diguet C., Zeiger P., (2017), « Urbanisme transitoire : aménager autrement », IAU-IDF, n°741.

Florida R., (2002), The rise of creative class. And how it’s transforming world, leisure and everyday life, Basic Books

Fusulier B., (2011), « Le concept d’ethos », Recherches sociologiques et anthropologiques, 42-1, 2011, pp. 97-109.

Guillaud C., (2009), « Interstices urbains et pratiques culturelles », Implications philosophiques, [en ligne]

Illich I., (1973), La convivialité, Paris, Éditions du Seuil.

Lefebvre H., (1968), Le Droit à la ville, Paris, Anthropos.

Lipovetsky G., (2004), Des temps hypermodernes, Paris, Grasset.

Macaire E., (2010), L’architecture à l’épreuve de nouvelles pratiques : recompositions professionnelles et démocratisation culturelle, thèse de doctorat, Laboratoire Espaces travail.

Missika J.-L. (adjoint à la Mairie de Paris chargé de l’urbanisme), (2016), Dossier de Presse « Appel à projets innovants », [en ligne]

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Perec G., Espèces d’espaces, Editions Galilée, 1974

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Biographie

Nicolas Monnot et Monica Berri sont architectes diplômés d’Etat (France et Espagne), diplômés en Design Civique (2015 & 2016). En 2017, ils sont responsables des cours de Design Civique en France portés par la communauté internationale CivicWise dans le cadre de l’Ecole Technique Supérieure d’Architecture de Madrid. La même année, ils fondent le laboratoire de recherche-action Common.Langage ayant pour but d’identifier, d’étudier, de questionner et d’accompagner la formation d’un langage commun autour des questions construisant la société contemporaine. Coordonnateurs du présent article, ils travaillent actuellement, avec Ville en Commun et la Mairie de Paris, sur le concept hérité de Henri Lefebvre de Droit à la ville et prépare une analyse territoriale sur la notion de commun sous la direction de l’université de Louvain. 

Common.Langage I Nicolas Monnot & Monica Berri

Coordonnateurs

Tadaa propose une action d’appui aux démarches collaboratives se basant sur 3 métiers: la communication didactique, l’accompagnement de démarches et l’organisation d’événements productifs conviviaux.

Site internet : https://tadaa.fr/

Tadaa I Bertrand Paris

Participant

Frantz Daniaud et Mathieu Cirou sont diplômés en urbanisme de l’université de Rennes 2 après des parcours en sociologie pour le premier et en aménagement du territoire pour le second. Rapidement déçus par le début de leur vie professionnelle, ils décident de compléter leur formation par une recherche in-situ. En 2015, ils enfourchent leurs vélos pour un Tour de France à la rencontre de l’urbanisme autogéré. En 2016 un second voyage les renvoie en semi-itinérance dans 10 lieux visités pour saisir le quotidien de ces groupes. Depuis, le projet et les réflexions continuent avec, au-delà des articles sur leur site et de l’activité de mise en réseau, un livre en prévision sur les communs urbains, une exposition et plusieurs conférences gesticulées en France.

Site internet : www.espascespossibles.org

EsPASces Possibles? I Frantz Daniaud - Mathieu Cirou

Groupe de travail

Diane Devau est urbaniste spécialisée dans les innovations urbaines, sociales, technologiques et les enjeux de la participation citoyenne. Auteure de Vocaburba, un glossaire étymologique des termes utilisés dans la fabrique de ville, tels que “tiers-lieux”, ou “agriculture urbaine”, elle nourrit ses réflexions au grès de ses explorations, et met en pratique ces travaux par un exercice de sensibilisation et de médiation faisant appel à l’intelligence collective.

Site internet : https://dianedevau.wixsite.com/vocaburba

Diane Devau

Groupe de travail

Remerciements

Nos remerciements, déjà, aux Annales de la Recherche Urbaine nous ayant fait confiance depuis le premier contact en mars 2017 jusqu’à la finalisation de l’article en octobre 2018. Citons ici particulièrement Bertrand Vallet et Olivier Ratouis , en charge scientifique de la thématique du numéro 113, et qui nous ont à la fois aiguillés sur le questionnement de la standardisation tout en nous laissant une grande marge de manoeuvre dans la reflexion. Citons aussi Aude Clavel en charge de la relecture, des corrections et de la mise en page, et tout le stress partagé pour la mise en maquette en novembre 2018.

Nos remerciements, ensuite,  à Domenico Di Siena, au collectif ETC et à Elise Macaire de l’association Didattica pour nos échanges. Enfin, nos remerciements ultimes, pour toute l’équipe à l’oeuvre qui, disséminée entre Paris, Nantes et Marseille, a pu et su développer les outils collaboratifs de création, ce qui en soi, était un projet dans le projet pour notre association.

Et maintenant? 

Notre projet, et l’article qui s’en est suivi, datent de 2017. La réflexion proposée reste-t-elle pertinente en cette année 2019?

D’autres analyses sont, en effet, apparues plus récemment. Notons celles de l’institut d’aménagement et d’urbanisme en janvier 2018 sur l’urbanisme transitoire puis en juin 2018 sur le thème des « lieux culturels et valorisation du territoire« . Notons enfin l’apparition en septembre 2018 d’un guide sur l’urbanisme transitoire à destination des « responsables publics de l’aménagement, notamment aux élus et techniciens des intercommunalités et des communes, mais aussi aux aménageurs, aux urbanistes et architectes, aux promoteurs, acteurs de la chaîne de production de la ville.« 

Hors, dans un perpétuel mouvement, les expériences alternatives urbaines s’installent tout autant qu’elles disparaissent.

Et cette apparition / disparition questionne en retour les structures qui les portent ainsi que les lieux emblématiques qui les ont réifiés ou précédés, à l’image du tiers-lieux Main d’Oeuvre expulsé en octobre 2019: « Malgré l’intérêt des pouvoirs publics pour ces lieux symboles des mutations de la société ou encore pour l’urbanisme transitoire, cette expulsion montre que ces initiatives quand elles sont inspirées, accompagnées ou conduites par des artistes restent souvent dans la plus grande des précarités.« ,  Tribune, Libération, 11 oct. 2019

Gageons donc que la formation de nouveaux modèles standards urbains sous fond d’instrumentalisation et d’institutionnalisation du culturel et de l’événementiel est une question qui ne fait que débuter

Et ce d’autant plus que d’autres formes alternatives, telles que les Tiers-lieux, font aujourd’hui face à une institutionnalisation par la création d’un plan gouvernemental d’appui et d’accélération intitulé « Nouveaux lieux, Nouveaux liens » présenté en Juin 2019. Cette nouvelle alternative pensée par l’Etat comme une possibilité de désengagement vis à vis de la couture patiente d’un lien social nécessitant un travail de terrain,  questionne en retour ce qui sera peut-être vu comme d’anciennes figures d’actions: celle du travailleur social actant le  « rendez-vous manqué » avec la politique de la ville ou celle du tissu associatif sommé de se ranger dans un cadre porté par des structures dont la légitimité porte le drapeau de « l’économie sociale et solidaire » . 

A contrario, l’invention du quotidien, elle, continue son chemin de résistance urbaine.

Citons par exemple la multiplication des approches d’arpentage urbain permettant une « approche expérimentale située entre art, urbanisme et géographie afin de contribuer activement à la construction d’un récit métropolitain fondé sur une expérience in situ« , le Voyage Métropolitain.

Citons aussi la formation des Zones à défendre contrant un aménagement du territoire jugé obsolète dans un contexte de crise socio-environnemental mais qui parle aussi « de la réalité d’un « habiter en conscience d’habiter » comme ressource politique construite et partagée par des acteurs hétérogènes« , Frédéric Barbe, « La « zone à défendre » de Notre-Dame-des-Landes ou l’habiter comme politique », Norois [Online]. 

Tout ne fait donc que commencer. 

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