MICHEL SERRES: L’INTERMEDIAIRE

MICHEL SERRES: L’INTERMEDIAIRE

MICHEL SERRES, L'INTERMÉDIAIRE

Médiateur de la pensée philosophique, de la critique des sciences et de la connaissance scientifique, de l’étude du langage et de la langue, Michel Serres nous quitte en ce 1er Juin 2019. Hommage à ce penseur contemporain.

Michel Serres se passionnait pour le langage et les langues. Pourquoi? Comme il le dit lui-même dans « Les 5 sens, Philosophie des corps mêlés », paru en 1985, “lorsque le langage se transforme, tout se transforme”. On reconnaît ici la figure de l’épistémologue dont le travail est de chercher dans les marges de la connaissance les signes de changement de relation de l’être humain avec le monde environnant. Et qui dit signe dit langage. 

Les marges

Dans les marges? Oui, car les relations exprimées par le pouvoir et son corollaire, le contre-pouvoir, se trahissent et apparaissent souvent non pas dans la connaissance elle-même et son réalisme accepté dans lequel chacun de nous baignons mais bien en prenant du recul. Comme le philosophe Michel Foucault, Michel Serres fait un pas en arrière et analyse les structures sociales mises en place.  Le doute n’est il pas le fondement même de la philosophie depuis Descartes dans la recherche de la vérité? Le doute, ce moment ponctuel où je devient véritablement sujet pensant par le fameux cogito. 

Le doute

Ce doute, Michel Serres l’introduit dès 1980 dans son ouvrage “Le Parasite”. Il y déplace le traditionnel couple philosophique sujet/objet vers les notions de quasi objet et quasi sujet. Par ce déplacement, il rend compte de la complexité de notre environnement, du langage et des relations par le biais de la communication. Là où la philosophie classique avait posé un individu (le sujet) dans sa capacité de pouvoir penser le Monde (l’objet), Michel Serres fait exploser ce paradigme en implantant un troisième élément intermédiaire: le Tiers, celui que l’on n’attendait pas et qui pourtant est bel et bien là, comme un parasite. Comme un bruit de fond, ce tiers perturbe la communication telle que nous la pensions jusqu’ici. 

Tiers inclus – Tiers exclus

Ce Tiers est donc présent. Il est inclus. Nommé Tiers inclus, il s’oppose à la notion de Tiers Exclu développée par la Logique classique et qui structure notre rationalité depuis Aristote, avec les mathématiques en tête.

Qu’est donc que le Tiers Exclu? En logique formelle, le principe du tiers exclu énonce que soit une proposition est vraie, soit sa négation est vraie: (A) est vrai et (Non-A) est faux. “Je lis cet article” est vrai.  “Je ne lis pas cet article” est faux. Il n’y a aucune position intermédiaire possible. Tout Tiers est exclu. Cependant, si vous dites “je lis cet article sans le lire”, alors (A) est vrai et (Non-A) est vrai aussi. Vous avez introduit un Tiers (B) qui pose comme vrai deux assertions contradictoires. Ce Tiers (B) possède un nom: “survoler”: “Je survole cet article”. Evidemment, pour la logique qui est la recherche de la rationalité afin d’aboutir à une certaine pureté scientifique, savoir que vous lisez sans lire n’a aucun intérêt. Mais il nous est tous arrivé de “jeter un oeil sur un article”, expression courante, imagée. Le langage, de part sa liberté, est un des lieux favoris du Tiers inclus.   

Le logicien Jan Łukasiewicz avait jeté, en 1910, les prémisses d’une alternative à la logique classique en développant les “logiques polyvalentes”. Cependant, la notion d’intermédiaire introduite par Michel Serres sort du cadre scientifique pour être implantée dans la structure même des relations et de la communication, donc du langage. 

Le langage ordinaire

Le Langage, toujours.

Dans sa volonté de sortir du carcan d’une pensée apurée portée par un vocable spécifique, Michel Serres replace “la philosophie dans le monde”. Ce n’est pas pour rien si le concept de “parasite” a été développée à partir d’une fable de La Fontaine intitulée Le rat de ville et le rat des champs. Ce n’est pas pour rien si le développement de ce concept utilise l’exemple du football. De telles approches de Michel Serres sont nombreuses: de son ouvrage “Les 5 sens, Philosophie des corps mêlés » à son merveilleux ouvrage “Les petites poucettes” paru en 2011. Un peu comme les peintres impressionnistes décidèrent de porter leurs chevets dans la nature afin de comprendre la lumière, Michel Serres s’ancre dans le monde, le nôtre.  On retrouve ici une filiation avec le courant de la philosophie du langage ordinaire, développé dans les années 1930, qui prétendait éviter les « théories » philosophiques, les excès de formalisme pour donner plus d’attention aux usages et aux pratiques du langage ordinaire et du sens commun.

Un pas en arrière afin de prendre du recul sur le monde, un pas en avant afin d’aller à sa rencontre. Ce va et vient incessant est probablement l’avenir de la philosophie. 

“ J’ai plus appris au cours de mon tacite voyage dans le corps social ou le genre humain; j’ai plus appris parmi les pauvres, les simples d’esprit, les humiliés que dans aucun livre jamais lu, que par aucune parole docte. La langue naît dans l’émotion de la rencontre, les mots naissent comme on ne les attend pas”, Michel Serres, “Les 5 sens, Philosophie des corps mêlés”, 1985

En savoir plus
  • Le philosophe Michel SERRES présente son essai « les cinq sens » lors de l’émission Apostrophe du 20 décembre 1985. Archive INA. 

  • Petite Poucettes, les défis de l’éducation. Séance solennelle du 1er mars 2011 à l’Académie française. Cliquer ici
  • Quelles inventions ? Un nouveau langage. Emission 20 ANS ET DES POUSSIÈRES, France Culture.

LE DROIT A LA VILLE: MAI 2019

LE DROIT A LA VILLE: MAI 2019

LE DROIT A LA VILLE, MAI 2019

L'actualité du groupe créé sur le réseau social Facebook "Le droit à la ville a 50 ans I El derecho a la ciudad: 50 anos".

Ce mois ci dans le groupe LE DROIT A LA VILLE A 50 ANS I EL DERECHO A LA CIUDAD : 50 ANOS nous parlons:

  • De l’idéal perdu de la « Butte rouge », un idéal pour une population ouvrière qui aspirait à un loyer modeste car ne pouvant accéder au marché privé avec Alerte Butte Rouge.
  • De la sortie de l’ouvrage « Sur la vague jaune » par Bernard Floris et Luc Gwiazdzinski Site de l’éditeur
  • De la sortie de l’ouvrage « VILLES RADICALES: Du droit à la ville à la démocratie radicale » par les Éditions Eterotopia France > Site de l’éditeur
  • De la sortie du numéro 412 de la revue Urbanisme « Nouvelles figures du Droit à la Ville » > Site de l’éditeur
  • De la traduction en anglais de l’ouvrage de Henri Lefebvre « Hegel, Marx, Nietzsche ou le royaume des ombres » de 1975 prévu pour 2020 aux éditions Verso: « Hegel, Marx, Nietzsche or the Realm of Shadows » > Site de l’éditeur
  • De la manifestation-déambulation Bellevil’Montant avec le Droit à la Belle Ville
  • De la manifestation « sauvons le logement social à Grenoble » ou les effets pervers de la Loi Elan

Le « Droit à la Ville » est très vivant et le cinquantenaire de l’ouvrage de Henri Lefebvre sonne comme une nouvelle jeunesse.

Alors, rejoignez nous! 

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LE LANGAGE : R.ITAL

LE LANGAGE : R.ITAL

ETRANGER & EUROPÉEN, LE LANGAGE : R.ITAL

Détour par l'ouvrage de Cavanna, Les Ritals, 1978

R.ITAL : Réfugié ITALien, mention portée sur les papiers des immigrés venus en France après la seconde guerre mondiale.

« C’est un gosse qui parle. Il a entre six et seize ans, ça dépend des fois. Pas moins de six, pas plus de seize. Des fois il parle au présent, et des fois au passé. Des fois il commence au présent et il finit au passé, et des fois l’inverse. C’est comme ça, la mémoire, ça va ça vient. Ça rend pas la chose compliquée à lire, pas du tout, mais j’ai pensé qu’il valait mieux vous dire avant. C’est rien que du vrai. Je veux dire, il n’y a rien d’inventé. Ce gosse, c’est moi quand j’étais gosse, avec mes exacts sentiments de ce temps-là. Enfin, je crois. Disons que c’est le gosse de ce temps-là revécu par ce qu’il est aujourd’hui, et qui ressent tellement fort l’instant qu’il revit qu’il ne peut pas imaginer l’avoir vécu autrement », Cavanna, Les Ritals, 1978

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ASPHALTE: HOMMAGE A LA BANLIEUE

ASPHALTE: HOMMAGE A LA BANLIEUE

ASPHALTE: HOMMAGE A LA "BANLIEUE"

Détour par le film "Asphalte" du réalisateur Samuel Benchetrit, 2015

Une petite merveille de 2015, que ce  film « Asphalte » de Samuel Benchetrit qui réunit réunit deux des nouvelles des « Chroniques de l’asphalte » que le réalisateur a écrites en 2005 : « Si je devais résumer le film, je dirais qu’il s’agit de trois histoires de chute. Comment peut-on tomber – du ciel, d’un fauteuil roulant ou de son piédestal – et être récupéré ? Voilà la question qui traverse à chaque instant Asphalte. Car les gens de banlieue peuvent être de très grands « récupérateurs ». Pour y avoir passé ma jeunesse, je peux dire que je n’ai jamais connu de solidarité aussi forte qu’en banlieue. Même si avec le temps, comme partout, la solitude et l’isolement gagnent peu à peu du terrain. », Samuel Benchetrit, 2015.

Les plans travaillent sur la présence/absence: la présence des personnages est accentuée par l’absence de signification de l’espace. Ou, plutôt, un espace tellement signifiant dans sa fonction, qu’il pourrait en perdre l’habiter. Ce sont ces deux termes absence/présence, dans un dialogue permanent, qui donnent corps au récit. Magnifique.

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FAUT-IL DÉFENDRE LA VILLE ?

FAUT-IL DÉFENDRE LA VILLE ?

DÉFENDRE LA VILLE ?

Sortie de l'ouvrage "La Ville même petite" par Luc Maréchal et René Schoonbrodt aux éditions Labor.

L’opus, « La Ville même petite » par Luc Maréchal et René Schoonbrodt., est arrivé et nous allons plonger dedans avec delectation. Ne serait ce que le projet de la collection « Quartier Libre », dirigée par Pierre Delrock, venu de Bruxelles.

Dès la première page, une interrogation fondamentale: « C’est quoi la ville? ». Exercice périlleux de définition. Au fond, l’on fini par la définir par ce qu’elle n’est pas: ni village (en terme commun), ni agglomération (en terme d’urbanisme) et métropole rejoignant des zones d’influences qui ne participent pas de la définition.

Alors quoi ? Cette entité fondamentale nommée « ville » et sur laquelle nous réfléchissons quotidiennement, quelle est sa réalité?

Vil, Gigantesque, Grande, Petite, Moyenne, Rurale, Ville-centre, Centre Ville, Ville Haute, Ville Basse, Historique, Cité, Agglomération, Mégalopole, Mégapole, Macropole … tant de termes pour comprendre et appréhender la structure d’une réalité créée et permise pour le prolongement de nos vies, devenues urbaines, que l’on définit aussi en « opposition à » .

 » Pourquoi faut-il défendre la ville et la promouvoir ? La réponse immédiate, c’est que la ville incarne une conviction née d’un projet politique : […] se battre pour la ville, c’est mettre en place les conditions physiques et politiques d’une vie meilleure, plus libre, plus égalitaire et plus solidaire. Il y a un lien entre liberté urbaine et forme de la ville… mais d’autres facteurs interviennent : le développement économique, la paix locale, la culture locale, le niveau de revenus des habitants… La sociologie enseigne que les faits sociaux et culturels évoluent sous la pression de multiples facteurs, y compris la volonté d’autonomie des hommes et des femmes dans la société. Simple rappel qui doit rendre modeste tout aménageur prétendant assurer le bonheur du peuple, sans l’entendre, rien que par l’architecture et l’aménagement ! « 

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