“WHAT IS HOME?” : diachronie et synchronie – glocalité, peur, humanité & mémoire

Le 06 Octobre 2017, nous avons été invités à la 27ème conférence de l’Association des institutions européennes de migration au Nordfriisk Instituut. Nous y avons prolongé notre réflexion sur la Mémoire Active présentée lors de la Conférence Mondiale des Humanités co-organisée par l’UNESCO et le Conseil International de la Philosophie et des Sciences Humaines (CIPSH), à Liège.

La conférence ayant eue lieu à Husum, Allemagne, a traitée des termes de migration et d’intégration économique ou culturelle, ainsi que de ségrégation, de nativisme et de xénophobie dans le passé et le présent. Nous avons proposés de participer à une des thématiques proposées : « What is Home? », afin de réfléchir sur le rôle de la région (« glocalisme » contre «régionalisme») en ce qui concerne l’intégration, la stabilité, l’identité, la nostalgie dans un monde globalisé / mobile. Notre questionnement est : 

La notion de Glocalité est-elle seule opératoire pour penser en commun les termes et les réalités actuelles du positionnement des nations et sociétés face aux migrations mondiales ?

Nous pensons que la synchronie inhérente à cette notion, bien que fondamentale et nouvelle dans l’explication du jeu incessant entre le local et le global, doit être équilibrée en réintroduisant la diachronie.

La notion de Glocalité est effectivement doublement opérante : d’une part en expliquant l’impact d’une localité nationale à une autre par “l’effet de ride” faisant qu’aucun événement local ne peut plus rester ancré dans son contexte local, et à fortiori tout risque majeur provoquant un départ des populations. D’autre part, en expliquant “le processus de transgression des frontières par les flux d’information, de gens, de capitaux et de biens et le tissage, au sens figuré du mot, d’un réseau de relations, s’étendant à l’échelle de la planète” ₁ en se basant sur l’interconnection.

Cependant, cette notion peine à articuler son inverse : l’amplification de création des frontières non numériques puisqu’aujourd’hui plus 10 % des frontières internationales ont moins d’un quart de siècle d’existence. ₂

C’est que l’approche synchronique de la Glocalité cache deux invariants anthropologiques qui doivent être questionnés dans leurs capacités de Faire et d’Agir ₃: la peur et l’humanité.

La peur, celle de l’altérité, de la différence, est à la base de la figure de l’Autre-proche ₄ des constructions identitaires, nationalistes, et se nourrit du langage emmené par une rhétorique.

L’humanité s’alimente d’un autre sens : la vue de la détresse ₅. Hors, la re-territorialisation étatique de l’accueil des migrants se fait en dressant une carte de l’ob-scène, de ce qui ne devrait être vu. Ce déni de réalité des États nationaux est transgressé aujourd’hui par le sentiment d’humanité d’une société civile soutenant les migrants et n’hésitant plus à choisir la désobéissance civile face aux pouvoirs publics.

Rendre réel est mettre fin à ce processus de passage d’une topique, territoire mental d’où l’on réfléchit l’Autre, à un Topos, territoire toujours plus éloigné. Ce processus permettant de légitimer le Faire (exclure, enfermer) dans une Topique de l’Autre peut être inversé en le pensant depuis le territoire vers une Topique du Même. Ici est peut être le lien d’articulation avec la notion de local globalisé puisque nombre de communes de tailles moyennes et de villages, internationalement distribués, s’y sont déjà engagés.

Hors cette Topique du Même s’active par la Mémoire  que celle ci soit définie comme historique ou collective. Cette mémoire que avons en commun ne peut être utilisée à des fins nostalgiques mais doit être activée afin de pouvoir réfléchir de façon contemporaine ₇ et non dans le temps présent d’une urgence devenue permanente. Une mémoire active est devenue nécessaire et est peut être le lien d’articulation avec la notion de Global localisé.

A la question “Qu’est ce qu’une maison?”, nous répondrons: le berceau du même s’ouvrant à l’autre, rejoignant étymologiquement la notion de citoyen .


Bibliographie & notes 

₁ Anna Dimitrova, « Le « jeu » entre le local et le global : dualité et dialectique de la globalisation », Socio-anthropologie, 2005, URL

₂ “L’obsession des frontières”, Michel Foucher, Perrin, coll. Tempus

₃ “Quand dire, c’est faire”, john langshaw austin, 1962, trad. fr. 1970, rééd. Seuil, coll. « Points essais », 1991.

₄ Sylvain Crépon, « L’extrême droite sur le terrain des anthropologues. Une inquiétante familiarité », Socio-anthropologie , 2001, URL

₄ M. Augé, « L’autre proche », in M. Segalen (dir.), L’Autre et le semblable, Paris, Presses du CNRS, 1989

₅ “Cédric Herrou n’est pas le seul à l’exercer dans la vallée. Des citoyens, touchés par ces hommes, femmes et enfants qui fuient des conditions difficiles dans leur pays, se sont mobilisés”, Adèle Sifaut, Libération, “Cedric Herrou : le procès d’un geste d’humanité”, 04 Janvier 2017, URL

₅ “Mon geste n’est ni politique, ni militant, il est simplement humain” , Pierre Alain Manonni, “Pourquoi j’ai secouru des réfugiés”, Mediapart, 11 novembre 2016, URL

₅ « Ils m’ont demandé de les emmener, a-t-il raconté, j’ai esquivé la question, comme d’habitude. Ce n’était pas mon objectif. Et puis, j’ai vu le bras droit du petit entièrement brûlé… C’était trop. J’ai arrêté de réfléchir…Quand la solidarité va à l’encontre du droit, c’est l’humanité qui doit prévaloir, a déclaré Félix Croft après le verdict de relaxe», Migrants : procès pour un geste d’humanité, Lutte Ouvrière, 03 Mai 2017, URL

₆ « Ma grand-mère paternelle a elle aussi, en 1918, passé la frontière d’Italie à pied, par les montagnes. Elle a perdu le bébé qu’elle portait au cours de ce périple. Elle s’est louée comme une bête de somme pour tirer les charretons. Je me souviens d’elle avec la lanière de cuir qui lui barrait le torse. », La Roya : la solidarité est un devoir, pas un délit, Lutte Ouvrière,15 février 2017, URL

₇ Giorgio Agamben, Qu’est ce que le contemporain?, leçon de philosophie théorétique donné en 2005 à l’université IUAV de Venise, coll. rivages poche, février 2015

 


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