Michel Foucault

Giorgio Agamben

Toni Negri

Tribune qui, sous forme de la problématique locale actuelle de la fermeture des voies sur berges de la Seine par décision préfectorale, questionne le droit à une in-définition de l’espace en questionnant la notion de “biopolitique” théorisée par le philosophe M. Foucault, puis développée par les philosophes G. Agamben et T. Negri.

La biopolitique est une forme d’exercice du pouvoir que Foucault fait apparaitre au XVIIIème siècle tandis que Agamben la situe en 1970 et qui porte, non plus sur les territoires mais sur la vie des individus, sur des populations, le biopouvoir. Concept extrêmement riche, il interroge la notion de pouvoir défini comme la capacité de définir le champ de l’action de l’autre. C’est un mode d’action qui n’est possible que par une liberté et se déploie par la volonté de « conduire la conduite des autres » dans une notion fondamentale de relation de pouvoir, plus opératrice.

Michael Hardt et Toni Negri, dans leur ouvrage « Multitude und Metropole », ont prolongés ce concept de biopolitique pour faire de l’Urbain le terrain privilégié de la « biopolitique » : « Ce que l’usine était pour la classe ouvrière industrielle, la métropole l’est pour la multitude ». Pour Michael Hardt et Toni Negri, les qualités de l’espace urbain ne sont plus extérieures aux rapports de production, mais font partie des sources de la productivité. La production du commun se présente ainsi sous la forme de la vie urbaine car la production biopolitique transforme tous les espaces en espaces de production.

Hors l’exemple actuel du débat sur la clôture des rives de la Seine à Paris est révélateur de cette notion de «biopolitique » . Car un tel espace, expliqué comme produisant du « bien-être » et que l’on doit donc sauvegarder , croise la fonction productrice de santé urbaine qui inonde aujourd’hui l’architecture dite « verte », se prolonge par son bras armé, « le développement durable » et qui fait de la ville, dans une tautologie, une possible auto-production salvatrice. La biopolitique trouve ici un levier pour s’opposer à l’urbanisme fonctionnel et à sa gestion des moyens de déplacement, tout en parlant la même langue : hygiénisme, salubrité, santé. Il n’est pas étonnant, d’ailleurs, que les médecins viennent en appui à la Mairie de Paris pour valider le projet communal et tenter d’invalider aujourd’hui la décision préfectorale. Car il n’y pas ici deux figures de l’urbanisme qui s’affrontent, mais bel et bien une unique figure biopolitique, tournée vers le vivant, mais aux questionnements territoriaux différents.

Et si, pour sortir enfin de cette logique productrice, nous disions tout simplement que les rives de la Seine doivent rester un espace de non-production, un espace du « rien », un terrain vague dans sa définition mais dont nous avons fondamentalement besoin? Ne pas rejoindre une consommation collective jusqu’à épuisement mais plutôt créer un commun indéfini et non-fini ? Là serait la possible résistance et la création.

Et vous, qu’en pensez vous?

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